Ce blog est dédié aux amis de MFRE (Marie-France Richard-Eliet), qui souhaitent partager leurs souvenir d'elle - Comment ça marche ? - Message d'accueil

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mardi 2 juillet 2013

le tiroir aux marabouts


Tellement bourré, ce tiroir, qu'il s'est cassé la gueule.

Prévisible ! Il s'agit du petit tiroir en haut du secrétaire, celui où je fourre les cartes  qu'on ramasse au comptoir des hôtels, des restau, des boutiques. J'y vide mes poches. On ne sait jamais, ça peut être utile, ces cartes.  En fait, c'est plutôt nul. Un tel foutoir que je n'y retrouve jamais rien. Plus rapide de passer par internet.

Donc le tiroir, harassé de bristols, s'est cassé la gueule. Tous ces cartons jonchent l 'écritoire. Tiens, celui du Nambodaï, il y a un an que cette cantine thaï n'existe plus. Et pourquoi quatre , oui quatre, c'est du bégaiement, quatre bristol du Villaret, trop discret éden gastronome où je me rends les yeux fermés, la langue sèche et les dents gourmandes pour savourer le paradis de ma semaine ?  On m'y appelle par mon prénom ; ils ne me laisseront jamais en faim : qu'ai-je besoin de quatre cartes quand on a celle du cœur ? Envie de tout foutre à la poubelle, ces papiers inutiles !

Mais non : il faut trier, conserver, on ne jette pas les bouts de ficelle, les élastiques et les antiques bristols chéris du consommateur gavé, souvenirs de ripailles ou de fringues, d'un sourire parfois… Je ne me débarrasserai que des superflus, promis.

Je trie, donc.

Les trois quarts étaient à jeter.

Pourtant, j'ai hésité. En particulier pour les papiers, même pas du bristol, du pauvre papier cueillis aux bouches  du métro en des mains souvent africaines :


Ils vantent les mérites de marabouts parisiens, Monsieur ou Professeurs à majuscule grands-mediums-voyants-sérieux-discrets-efficaces-rapides… Tiens :

mardi 16 octobre 2012

L’écharpe rouge

Comme toujours pile au jour de l'automne, les cotons de l'été laissent place aux douilletteries d’hiver. Les lainages tirés de leurs boîtes qui ne fleurent même plus la naphtaline, se déplient sur les cintres, s’empilent sur les rayons, gilets, bonnets, pull, sous-pull, avec ou sans col...

La fidèle Biyana qui m’organise ces chambardements, tombe sur un sac transparent, tel que le teinturier l’avait rendu, scellé, en mai dernier. Il contient un tissu rouge,
- Je le déchire, le plastique ?
- Bien  sûr !
-  Et pour le mettre où ça ? Qu’est-ce que c’est ?
- Tu le vois bien : un foulard. 
- Encore ? Ça vous fait le quatrième foulard rouge. Le tiroir en déborde. Que du rouge ! Et toujours le même rouge ! Purpuren, chez nous. Communiste !
Biyana est d’origine bulgare.
- Oui, carmin en français. Des cadeaux…
- Attends  avant de ranger celui-ci ! Je veux le prendre en photo.
Biyana me regarde avec attendrissement. Elle sait bien que mon appareil est nase et que mon talent atteint la nullité olympique.  De plus, tirer le portrait d’un bout de tissu rouge, quel délire !
Je prends ma photo quand même. Résultat pire serait impossible ! Quel artiste !




Ce que je n’ai pas dit à Biyana, c’est que ce foulard n’en est pas un ; j’y tiens parce qu’on me l’a donné, geste qui se vénère. Je l’appelle l’écharpe de Marie-France.

Retour en arrière : une fois de plus, je venais d’égarer mon cache-nez préféré. Rouge, évidemment.  Comme les parapluies ou les gants, ces bricoles vous échappent joyeusement. C’est pour ça que les étourdis les choisissent volontiers d’une couleur pimpante. J’avais dû raconter cette mésaventure à Marie-France. Histoire de me moquer de moi pour la faire sourire. Peut-être lui confier combien je trouvais compliqué alors d’en trouver un semblable : un cache-nez pétant le feu ! La mode à l’époque n’était plus à ce rouge soviet que je porte en secrète fidélité envers un grand-père aux Brigades internationales…

Quelques mois plus tard, à la belle saison, j’avais oublié ces confidences de cache-nez et jusqu’à l’usage d’écharpes sous les bouffées du printemps si bien établi, lorsque à l’occasion d’une autre halte parisienne, Marie-France tira d’un de ses cabas un paquet cadeau ficelé à sa façon.
- Regarde ce que je t’ai trouvé ! dit-elle.

mardi 24 juillet 2012

jeudi 5 juillet 2012

Poème de Robert Vigneau à la mémoire de MFRE

Je vous livre ci-dessous le magnifique poème qu'a dédié Robert Vigneau au souvenir de MFRE, dans son recueil "Une vendange d'innocents" :

MARIE-FRANCE, militante

Silhouette romanichelle
Aux yeux noirs soulignés de khôl,
Elle arrivait drapée d’indiennes
Flanquée de lourds sacs de docu
Accumulée en des colloques
Psychanalyse ou Droits de l’Homme
(Ses militances assidues)
Et me demandait un poème
Sur le ton qu’on demande à boire.

Ses militances pêle-mêle
Qui menaient ses trains de nomade,
À peine nous en parlait-elle
Par allusions où j’apprenais
Ses marches avec les Sans-papiers
Ou ses réseaux de camarades
En lutte dans l’hospitalier.

Elle avait le talent d’écoute
(Talent d’abord de discipline
Pour qui excellait dans les joutes) :
Elle entendait à demi-mot
Jusqu’aux paroles orphelines
Et lisait aussi les silences
Où nous coinçons comme au tombeau
Les pudeurs qui nous font souffrance.

Elle organisait des cumuls
En d’incessantes collections
De n’importe quoi d’inutile,
(Des fioles bleues en bataillons
Aux imprimés en monticules)
À l’assaut de ses domiciles
Comme pour posséder le temps
À la manière des gitans.
Étouffait-elle ses angoisses
Sous des étages de fourbis
Immémoriaux envahissants ?
Je devinais son appétit
De vivre, elle sous la menace
De fatals caillots dans le sang
Ressuscitables depuis qu’elle
Portait la phlébite en séquelles.

Marie-France, pardonne-moi
De parler de toi au passé
En étrangère et de profil :